LA PRODUCTION AGRICOLE ET LA PROBLÉMATIQUE DE L’ENVIRONNEMENT EN HAITI

Les dégâts causés au pays, lors du passage des derniers cyclones, viennent rappeler que, si les citoyens haïtiens ne sont pas mobilisés  et si les décideurs n’interviennent pas pour stopper cette dégradation avancée des principaux écosystèmes du pays, l’hécatombe sera imminente.

Vu sa position géographique, le pays ne peut échapper aux violences des catastrophes naturelles (ouragans, inondations, tremblements de terre, raz de marée, etc.). Haïti est situé sur la trajectoire des cyclones formés au sud de l’Océan Atlantique et, l’île  tout entière est placée dans une zone de faille tectonique. L’important pour les décideurs, c’est de prendre les dispositions nécessaires pour réduire le degré de fragilité du pays et diminuer ainsi l’impact des catastrophes naturelles  sur la population.

Les pertes matérielles et en vie humaine subies  par la population au cours du passage des quatre derniers ouragans ont suscité un élan de sympathie au niveau international en vue de la mobilisation d’une aide massive. Cependant, malgré la volonté manifeste de la communauté internationale, l’assistance fournie sous forme d’aide humanitaire n’arrive pas à compenser mêmes les premières urgences. De plus, les phases de récupération et de réhabilitation ne figurent pas dans les plans directeurs de relèvement de donneurs. De ce fait, il revient donc aux Haïtiens dese mobiliser et de prendre les dispositions nécessaires pour qu’à l’avenir les pertes soient minimisées.

La présentation de la situation environnementale au niveau mondial est inquiétante. Celle d’Haïti est encore plus alarmante compte tenu de l’état de dégradation des ressources naturelles et le faible niveau économique de la population. En effet, la coupe effrénée du bois pour satisfaire le besoin d’énergie des ménages ou de la petite industrie (blanchisserie et boulangerie) n’aura d’autres effets que d’accélérer le niveau de déboisement et la réduction de la couverture végétale de nos sols. Il s’en suit une réduction des capacités de rétention en eau des terres, une déficience d’infiltration des bassins versants et une disparition graduelle des sources d’alimentation en eau potable dans différentes communes.
De plus, le déboisement anarchique pratiqué pour satisfaire les besoins en bois d’œuvre et pour obtenir du combustible s’est accéléré au fil du temps à cause de la détérioration des conditions de vie de la population qui ne cesse d’accroitre.

A côté des besoins énergétiques, l’une des causes les plus importantes du déboisement est l’agriculture. En effet, les paysans ont un grand besoin de nouveaux espaces pour cultiver car les petites parcelles exploitées sont érodées et deviennent infertiles. Certaines cultures, comme le café favorisant jadis une certaine couverture boisée, ont très peu d’intérêt aujourd’hui pour les paysans à cause de la forte compétition internationale et du manque d’encadrement. La culture à cycle court comme le haricot (pois) est extrêmement érosive mais, préférée par les paysans pour ses avantages économiques.
Compte tenu de la précarité de la vie de la population, l’arbre est de plus en plus considéré comme une source d’appoint immédiat. Les paysans sont les premiers à prendre conscience de la gravité de la dégradation de l’environnement. Cependant, se trouvant dans une situation tellement insoutenable et précaire, ils ne sont pas motivés pour assurer le renouvellement des arbres abattus.
De plus, les paysans ne sont pas munis d’outils leur permettant de contribuer au renouvellement et à la régénération de la fertilité des sols. D’où, il s’en suit une détérioration de la capacité de production des terres localisées au niveau des zones inclinées ou exposées à l’érosion, une baisse de revenu et la décapitalisation des producteurs. Ce qui provoque également une diminution  aussi importante des terres cultivables et une baisse très marquée des rendements des cultures, un abandon presque systématique des bassins versants.

En conséquence, la majorité de nos jeunes laissent la terre à elle-même au milieu rural. Ils abandonnent ce milieu considéré hostile ou porteur d’un désespoir qui n’offre aucune opportunité de survie. Ils se réfugient généralement dans les zones urbaines et chez nos voisins en République Dominicaine et aux États Unis d’Amérique à la recherche d’un mieux être.

Parallèlement, face à la dégradation physique constatée des bassins versants de nos mornes, les mesures correctives apportées sont inadéquates. Cette dégradation a pour conséquence immédiate la paupérisation des populations rurales, cause principale de la surexploitation des ressources naturelles. Cette situation interpelle tous les secteurs devant la gravité du problème et l’urgence d’intervenir en vue de corriger les effets néfastes.

Partant de ces observations, les premières hypothèses montrent que la pauvreté et la décapitalisation du monde rurale ont une grande influence sur la dégradation de l’environnement. Ainsi, loin d’être un problème de conscientisation des paysans, cette dégradation est la résultante d’une inadéquation des actions publiques et des analyses des spécialistes du développement avec la réalité du monde rural haïtien. Il convient d’envisager d’autres solutions viables et innovatrices qui tiennent vraiment compte de tous les aspects liés au déboisement.

Aussi, revient-il aux décideurs de mettre en œuvre des politiques publiques et de poser des actions pour sensibiliser la population, particulièrement la paysannerie, sur l’importance des relations « production, environnement et développement » avec l’emphase sur le développement intégré à partir des actes concrets et durables suivant des objectifs clairs et précis.

L’heure est à l’action 
Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Il faut mettre en place des politiques anticipatives, préventives pour éviter les coûts élevés de l’inaction et entrer une fois pour toute dans le processus de planification des actions visant à résoudre définitivement les problèmes lies à la production agricole et à l’environnement.

Le Premier Ministre Michèle PIERRE LOUIS qui, en plusieurs occasions, a déclaré que la question de la dégradation de l’environnement en Haïti mettait en évidence la nécessité d’un plan d’aménagement du territoire doit assurer le suivi avec les ministres concernés.
L’aménagement du territoire pose donc une série de questions transversales qui méritent d’être abordées sous plusieurs angles, notamment sur le plan politique, sociologique, démographique, anthropologique, économique et culturel à savoir :
·  Pourquoi le phénomène de déboisement ne peut-il être freiné ?
· Pourquoi tous ces échecs dans les campagnes de reboisement ?
· Pourquoi les paysans sont-ils toujours de plus en plus pauvres ?
· Quelle est la responsabilité de certaines pratiques de l’agriculture en montagne dans la dégradation de l’environnement ?
· Pourquoi des endroits du pays qui étaient pourtant considérés jadis comme des greniers sont pour le moment délaissés, abandonnés par les cultivateurs qui souvent partent en ville, en quête d’un mieux-être ?
· Pourquoi ce manque d’investissement dans le secteur agricole ?
· Qu’est-ce qu’un plan d’aménagement du territoire ?
· Si on imagine une nouvelle politique énergétique pour trouver des alternatives au bois et au charbon de bois, qu’adviendra t-il des paysans qui vivent de la fabrication du charbon ?
· Y a-t-il des techniques agricoles plus respectueuses de l’environnement ? Quoi planter ?  Où?  Comment ?  Pour quel marché ?
· L’élevage est-il responsable de la dégradation ou au contraire peut-il contribuer à réhabiliter l’environnement ?
· Quelle est l’importance de la question foncière dans la dégradation de l’environnement ?
· Les problèmes fonciers ne constituent-ils pas un obstacle dans la gestion de l’espace ?
· Quelles sont les implications sociales, culturelles et même spirituelles dans la question de la gestion de l’espace et de l’environnement ? Peut-on préparer un plan d’aménagement sans tenir compte de tous ces aspects ?
 La mise en place d’une véritable politique d’aménagement du territoire en Haïti requiert un vrai débat dans la société pour cerner tous les contours de la question.

Pierre-Richard CAJUSTE
Directeur Exécutif du CARH



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