Le cri de Nadal

La politique est en pleine défaveur dans ce Pays. et pour cause. J’étais à penser au développement d’une thèse sur sa problématique originale pour établir l’articulation historique  entre sa vraie nature et l’humanisme au sein de toute société humaine. Mais le cri de la Chambre de Commerce et son appel à toutes les forces vives d’Haiti,

pour qu’elles se mettent ensemble sous la bannière de la Politique en vue des prochaines élections, a replacé cette dernière dans son statut initial, en me faisant penser au couronnement d’Hérodote par Apollon. Les coeurs et les esprits ont vibré aux accents pathétiques de cet appel qui revendique notre Acte d’indépendance pour dire Non! Non à la médiocrité, à l’exclusivisme; Oui! au Changement, à l’union de la Famille haitienne, pour la Paix et le Progrès. Non! au populisme anarchique.

En ce Pays  où  les initiatives spectaculaires sont de plus en plus sporadiques et isolées, la réaction de la Chambre de Commerce vient d’attirer l’attention du  Monde entier.

Les hommes de bien, en Haiti, montrent des signes de fatigue et manifestent de l’énervement. “Les valeurs morales dans ce Pays sont au plus bas. Nous avons l’impression d’être dirigés par des coquins.” Cette réflexion d’un homme d’affaires vient en appui aux termes de crétinisme, d’imbécillité, de bêtise humaine, dont le Pouvoir est affublé. C’est à croire que, sans le bénéfice du doute, la messe est dite. “Ite. Missa est”. A l’analyse, je parlerais plutôt d’impréparation, de blocage, d’irresponsabilié au niveau de l’appareil d’Etat. Souhaitons que de telles expressions de frustrations amènent le Gouvernement à un examen de conscience pour une orientation rationnelle de l’Etat qui imprime aux mots la métamorphose de leur sens.

La libération de la parole, la liberté d’expression, semblent être le seul apanage de la Démocratie pour ceux qui s’en glorifient, tout en se plombant les oreilles, pour ne rien  entendre des cris d’un peuple assoiffé ou des réflexions amères de nos rares penseurs. Curieusement, les élites intellectuelles, notamment celles des classes moyennes, se terrent dans un silence prudent ou intéressé, fuyant les réalités brutales qui peuvent conduire à l’expression de vérités politiques qui ne seraient pas bonnes à dire.

A la Station Radio Vision 2000, c’était l’évènement, le 7 Mai 1999. On a entendu de prestigieux représentants  de la Chambre de Commerce d’Haiti, invités du brillant animateur Daly Valet, suite à ce que l’Histoire retiendra comme “le cri de Nadal”, courageuse  dissection de la situation générale du Pays ponctuée par le vandalisme, l’anarchie entretenue, le meurtre devenus monnaie courante de l’insécurité qui, compte tenu de “l’environnement sûr et stable”, déjà établi, prendra désormais le nom “d’augmentation de la criminalité, comme chez nous”. Mais la subtilité de la sémantique n’arrivera pas à occulter le souvenir des splendeurs passées d’une Haiti actuellement en proie au bouleversement de l’ordre social, sous couvert de Démocratie. Haiti est devenu le Laboratoire où la preuve est désormais faite que la Démocratie présuppose un minimum d’éducation et de bien-être; que l’auto détermination ne va pas de pair avec l’analphabétisme et que, dans ce dernier cas, la formule qui s’impose est l’application stricte de la légalité dans un cadre de respect mutuel, sans oublier le vieux dicton repris par Pascal: “La Justice sans la force est impuissante…”. Tout compte fait, la Démocratie varie avec les pays; elle est la résultante du droit de penser et d’agir dans un cadre bien défini. Encore faut-il que l’autorité publique soit clairement établie pour assurer la consolidation, la fonctionnalité et non la déstabilisation des Institutions qui forment l’ossature de l’Etat appelé à faire respecter les droits socio-économiques de tout un chacun.

Le Secteur des Affaires a voulu dénoncer en même temps que “la bêtise humaine et l’anarchie” qui sévissent dans le Pays, l’indifférence, l’apathie du public, en chosissant au hasard la mort d’une fillette qui a reçu trois balles assassines dans les rues, sans réaction aucune, comparée  au mouvement social automatique qu’elle aurait provoqué dans tout pays civilisé. L’impunité est devenue la règle; toute enquête semble bloquée à un certain niveau, à moins d’interposition de l’élément étranger. On se demande alors pourquoi l’expertise de l’occupant n’est pas mise à profit dans ce domaine, pour une meilleure formation de nos jeunes policiers et la protection de la Société.

Ici intervient l’interrogation au sujet du rôle de la Communauté Internationale,  complice de tous les maux d’Haiti. Nous ne remonterons pas jusqu’à Charles X à qui  l’on reproche de nous avoir fait payer chèrement notre Indépendance. Nous tournons les pages d’Histoire ancienne, pour mieux cerner la réalité contemporaine. On se rappellera par exemple, que les quatorze ans de règne de Jean-Claude Duvalier sont le fruit d’un conciliabule des Grandes Puissances qui ont apppouvé la décision d’un dictateur de  passer les rênes du Pouvoir à son fils de dix-huit ans, au mépris de la Constitution d’alors. La reconnaissance diplomatique du nouveau Gouvernement fut automatique. Et l’on vit les ambassadeurs défiler obséquieusement pour se prosterner devant le Prince qu’ils ont soutenu, jusqu’à sa chute, de leur étroite coopération. Pourtant, tout solliciteur actuel d’un visa de touriste au Consulat du Canada doit répondre à des questions du formulaire relatives à son appartenance à l’ancien régime ou à un Parti politique. Ces questions sont un piège tendu par une loi non publiée qui permet au Gouvernement Canadien de refuser l’octroi du visa tout en gardant par devers lui la somme substantielle réclamée du sollicitant. Opprobre! Ignominie! Nos élites intellectuelles, le Peuple haitien dans son ensemble, se doivent de prendre en compte l’hypocrisie de la Diplomatie canadienne. Cette loi qui vise spécifiquement les anciens officiels du Pays, honnêtes serviteurs de l’Etat, pour la plupart, est une violation flagrante de la règle de Droit international de non ingérence, une violation du Code Pénal qui prohibe la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui. Cette loi canadienne  encore en vigueur! entretient le clivage politique de la Société haitienne à un moment où le cri de Nadal rejoint le nôtre pour en appeler à l’unité de la Famille haitienne. Je mets en garde contre la papelardise de la Diplomatie canadienne en Haiti et souhaite que la coopération canado-haitienne ne se résume pas, dans la réalité, en l’exploitation abusive de notre sous-sol, à la recherche de l’or dans le Nord-Est, sous couvert de privatisation. Sur ce dernier point, j’en appelle à la sagacité du Président de la République et du Premier Ministre de l’actuel Gouvernement.

Certes, selon certains économistes, la privatisation est incontournable, à l’heure de la Mondialisation. Mais, il faut la définir. Le but de tout investissement de capitaux est de générer des bénéfices. Dans ce Pays exsangue, il importe que le peuple y participe, tout comme à la péréquation de la répartition des impôts.

Les élites économiques, loin de se subroger, ont ouvert le passage aux élites des classes moyennes, plutôt amorphes, en tirant la sonnette d’alarme, invitant à les rejoindre pour former un groupe de pression et charrier les doléances générales auprès des instances concernées. Elles auront contribué à élargir l’espace des débats et susciter l’action qui s’impose de nos jours. Elles tendent donc la perche à nos intellectuels, aux nantis du savoir, à nos leaders qui  ne remuent pas  les connaissances, n’analysent pas les grandes idées qui bouleversent le monde actuel et orientent son évolution pour déterminer le sens à imprimer à leur action. On les sent blottis derrière leurs petits calculs intéressés, sous la table dominée par une populace qui les gouverne. Ils restent indifférents même à un projet de développement à long terme pour Haiti, annoncé au niveau des Nations-Unies. Anesthésie, torpeur, léthargie telles sont les conséquences de leur instinct de conservation. La peur les empêche donc d’utiliser les revues, journaux et autres médias pour ouvrir ou élever les débats au bénéfice de la Jeunesse et ils ne supportent pas, de ce fait, l’effort méritoire des Directeurs d’opinion et des rares penseurs qui, dans la trame de l’Histoire évènementielle, interrogent la conjoncture et manifestent le courage de leurs idées. A l’occasion de ce 18 Mai, fête du Drapeau et de l’Université, n’est-il pas opportun pour nos élites pensantes d’offrir des réflexions sur la vision Louverturienne, l’idéal Dessalinien, le symbolisme de notre bicolore, le républicanisme de Pétion, le nationalisme de Christophe?

Le Pays est resté trop longtemps scindé en secteur politique et en Société civile. Et il n’est pas rare que le  politicien soit interpellé en ces termes: “Vous qui faites de la politique, qu’est ce que vous faites pour le Pays?” Il aura donc fallu  le cri historique de la Chambre de Commerce pour faire comprendre une fois pour toutes que notre Société est une, que la Politique, du grec, polis, relève de l’administration de la Cité et qu’il est du devoir de tout citoyen de s’y intéresser.

Malheureusement, le peuple haitien a perdu  confiance en ses présumés leaders politiques qui, pour la plupart, se caractérisent par un sentiment d’égocentrisme dans la poursuite de leurs intérêts personnels au nom du bien-être général. A la veille des prochaines joutes  électorales dont l’importance s’avère capitale pour l’avenir de la Démocratie en Haiti, le Pays gagnerait à ce qu’ils fassent le constat d’échec et en arrivent à la fusion de leurs organisations, pour permettre l’émergence de quatre Partis politiques, selon l’heureuse suggestion de la Chambre de Commerce., en fonction de leur tendance  idéologique, comme je l’ai mentionné d’ailleurs, dans mon dernier article :”Alerte à la Nation”.

Le MKN de par sa vocation Kombitique, dans le cadre du caucus dont il est membre, répond présent à l’appel et est prêt à s’allier, s’associer, dans l’intérêt de la Patrie, à toute organisation de centre droite susceptible de rallier une majorité de citoyens conscients et conséquents, de toutes les classes et de toutes les couleurs, recrutés dans les milieux tant urbains que ruraux et décidés à rentrer dans la modernité du siècle à venir, sans renier « le contenu non périmé de l’Histoire nationale.” L’objectif général de l’Action à entreprendre serait d’éviter les dérives passées, de prévenir toute bavure et dialoguer en une Conférence Nationale dont j’ai été le premier à lancer l’idée depuis le 6 Février 1992, au cours d’une table-ronde sur les ondes de Radio Métropole et que je n’ai cessé de prôner sur Le Nouvelliste,  pour remettre le Pays sur les rails de la Civilisation en négociant une plateforme d’actions gouvernementales, prenant en compte les revendications essentielles du peuple et la restauration de l’honneur et de la dignité de l’homme haitien.

Il est à souhaiter que le siècle se ferme sur une Haiti même sans ressources,  mais au prestige historique rénové. Elites de mon Pays, Jeunesse d’Haiti, Universitaires, Haitiens, Haitiennes, Debout! Secouez votre torpeur, réagissez à l’appel de nos frères du Secteur des Affaires, et en avant pour le sauvetage de la Patrie commune! Honte à vous, si vous cessez d’être des hommes, si vous cessez d’être Haitiens! Gloire à vous, si, entonnant un hymne à la paix et à l’union, vous vous mettez  dans un coude à coude national, à lancer des semences d’espoir dans les sillons de l’avenir!

Dr Volvick Rémy Joseph (père)
17 mai 1999



Laisser un commentaire

uneaura4etoiles |
Fanatique d'esprit |
Scravic |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | New EVENING Newcastle CHRON...
| Archives Montségur 09
| Paroles de Soie