Le dilemne haïtien

En 2008, Haïti a été la victime de quatre cyclones consécutifs et a souffert l’effet des multiples tempêtes économiques qui ont assailli la planète. Les habitants de la partie ouest de l’ile ont du attendre de recevoir l’assistance du reste du monde alors même que certains d’entre eux traversaient la frontière qui séparent les deux nations se partageant l’ile pour trouver un aller mieux économique en République Dominicaine.

En 2008, la plupart des nations du monde se concentraient sur leurs propres problèmes économiques pendant qu’Haïti souffrait. Près de neuf millions d’haïtiens ont du se battre contre des catastrophes aussi bien naturelles que manufacturées.

Un rapport sur la plus ancienne nation indépendante de la Caraïbes par le professeur Paul Collier de l’Université d’Oxford avertissait : « D’autres chocs pointent à l’horizon. La récession planétaire produira une réduction drastique des transferts d’argent de la diaspora haïtienne qui est l’un des plus larges sources de revenue et de réserves monétaires pour le pays et ceci affectera particulièrement les plus démunis ». Ces transferts d’argents ont été un point crucial pour la survie économique du pays. La viabilité de ce moyen de monétisation de l’économie devient plus fragile. Collier a observé que le développement économique en 2009 sera difficile mais possible avec la bonne dose d’assistance internationale et la bonne dose de coopération par le gouvernement haïtien. L’une des raisons pour son optimisme est son observation qu’Haïti est situé dans une zone calme et paisible. Il a noté spécifiquement que la République Dominicaine « a un palmarès récent d’être un partenaire privilégié pour Haïti, particulièrement dans le secteur de la production et l’exportation des vêtements ».

La relation entre la République Dominicaine et Haïti est l’une de deux pays allant dans des directions opposés depuis cinq décennies. Un rapport datant de 2007 par la Banque Mondiale démontre qu’en 1960, les revenues per capita des deux pays étaient paritaires. Cependant en 2005, le revenue per capita d’Haïti avait chuté de moitie tandis que ceux de la nation voisine avaient triplées. Les deux nations occupaient donc en 2007 la tète et le bas du peloton en Amérique Latine en termes de croissance de leurs GDP. Le revenu par habitant d’Haïti est seulement un dixième de celui du reste des pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe. Trois quart des haïtiens vivent avec moins d’un dollar américain par jour. Le rapport de la Banque Mondiale notait : « la République Dominicaine a systématiquement performée mieux  qu’Haïti et les autres pays d’Amérique latine en termes de mesures structurelles et de mesures de stabilisation tandis qu’Haïti a été le sujet de plusieurs chocs politiques qui ont sévèrement affectés sa croissance ». Aussi longtemps que cette disparité continuera, il y aura toujours un nombre croissant d’haïtiens cherchant à laisser leur condition de vie misérable pour un pays d’accueil offrant de meilleures opportunités. Cet état de fait n’est bénéfique ni pour la République Dominicaine ni pour Haïti.

Haïti est donc à la croisée des chemins. Comment générer de l’aide extérieure quand les pays donateurs sont récalcitrant de répondre à leur obligations en l’absence de structure économiques, gouvernementaux et sociaux adéquats. Le gouvernement du Président René Préval et du Premier Ministre Michelle Pierre-Louis a mis le focus sur la création des infrastructures sociales et physiques que nécessitent le pays pendant même que le revenu par habitant d’Haïti, déjà déplorable, a diminué en 2008. Les dévastations des cyclones Fay, Gustav, Hanna et Ike en aout et septembre ont créé plus de 800 morts et des dommages équivalents à 15% du produit intérieur brut d’Haïti. Des milliers de maisons ont été inondées, endommagées ou détruites. C’étaient des pertes humaines et financières que la nation ne pouvait pas se permettre. Un mal incalculable a été fait au psyché des haïtiens. A la base des problèmes du pays, est l’impossibilité d’implémenter les réformes structurelles nécessaires qui encourageraient la croissance et la stabilité économique. Ces réformes réduiraient du même coup l’impact de ces catastrophes naturelles.

Malgré les dommages causés par les cyclones de 2008, il y a eu des améliorations dans la situation sociale d’Haïti durant les derniers mois. Le niveau sécuritaire s’est amélioré et l’épidémie de kidnappings a put être réduite et contrôlée. Mais la réalité de base de la vie en Haïti est que la pauvreté, le chômage, la criminalité et l’absence de services sociaux crée un chaudron d’inégalités sociales pour ses résidents. La pression créée par la croissance de la population et la décroissance de l’économie doit trouver une échappatoire et la seule route naturelle est la frontière avec la République Dominicaine. Les haïtiens préfèrent laisser leur pays et venir gonfler les rangs des illégaux et des sans-papiers en République Dominicaine plutôt que de rester en Haïti ou l’économie est en si mauvais état que trois sur quatre haïtiens vivent dans la pauvreté et plus de la moitie dans l’extrême pauvreté.

Certains critiques internationaux des mesures prise par  la République Dominicaine à l’encontre des refugies haïtiens choisissent de dénaturer la cause des problèmes de l’ile. Ces haïtiens qui traversent la frontière ont pris une décision naturelle et compréhensible pour résoudre leurs problèmes économiques. Ces haïtiens désirent passer à un environnement qui soit mieux que leur familier. La République Dominicaine est prête à tout faire pour s’assurer qu’Haïti reçoive l’assistance économique et humanitaire nécessaire. Cependant, la République Dominicaine n’est pas prête à accueillir les 1000 haïtiens qui traversent la frontière illégalement chaque jour selon les estimations les plus conservatrices.

Nos critiques en Europe et en Amérique du Nord préfèrent juger la République Dominicaine plutôt que de se concentrer sur les injustices et les inégalités de la société haïtienne qui sont la cause des problèmes du pays et de ses habitants. Ces critiques semblent ignorer les répercussions et les ressentiments que créent dans notre société cette immigration illégale. Et ces critiques ne semblent pas apprécier l’impact que le trafic international de la drogue, qui a son origine en Amérique du Sud, crée en transitant par l’ile en destination des Etats-Unis. Ils semblent aussi ignorer qu’un tiers du budget de santé de la République Dominicaine va au soins de santé pour des personnes d’origine haïtienne. Ils ne prennent pas en compte l’effet apocalyptique que le déboisement en Haïti a sur le système écologique des deux nations. La frontière entre la République Dominicaine et Haïti est la seule frontière au monde qui est défini par un contraste coloré. Une photo aérienne démontrera la délimitation de la frontière, verdoyant du coté dominicain, et marron et jaune du coté haïtien, car la couverture végétale de cette nation est seulement de trois pour cent.
Les problèmes des haïtiens ont besoin d’être résolu en Haïti et non par les dominicains qui ont  déjà leurs propres problèmes et des ressources limitées pour les résoudre. Haïti est une bombe sociale, dont une partie s’est infiltrée en république voisine. Plus de 1.5 millions de personnes d’ascendance haïtiennes vivent actuellement en République Dominicaine. Les dominicains souhaiteraient que leurs critiques aident les haïtiens à prospérer dans les ghettos d’Haïti au lieu des bateyes de la République Dominicaine. (Ces bateyes ont une petite et décroissante portion d’haïtiens qui y vivent).
Les statistiques économiques d’Haïti racontent l’histoire de la pauvreté dans ce pays. Le salaire réel a diminué en 2008 pendant que le taux d’inflation a accélère de 8% à 14.4 % en 2008. Selon la Commission Economique pour l’Amérique Latine et la Caraïbe (CEPAL), Haïti continue d’importer trois fois plus qu’elle n’exporte. La croissance dans le niveau d’importation a été de $782 million en 2007 à 818 millions en 2008. Les importations ont cru de $2.319 milliards en 2007 à 2.686 milliards en 2008. Haïti ne peut donc survivre sans assistance internationale. Les modestes améliorations de 2008 ont été emportées par les cyclones. Le désespoir  qui a suivi ces catastrophes ne peut être quantifiée.

Sur le plan sécuritaire, il y a eu plus de succès. Haïti augmente annuellement son contingent de sa force de police qui avoisine actuellement les 9000 policiers. Mais malgré la présence des forces des Nations unies dans le pays, qui aide à doubler l’effectif sécuritaire réel, ces chiffres ne sont pas suffisants pour répondre au besoin de la population. Sans un climat sécuritaire stable, il n’y a aucune chance d’investissement étranger. Sans investissement étranger, il n’y a aucun moyen de résoudre le niveau catastrophique de chômage en Haïti ou deux sur trois adultes n’ont pas d’emplois formels. Dans ces circonstances, la Mission des Nations Unis en Haïti (MINUSAH) se bat pour aider le gouvernement haïtien a pourvoir le minimum des conditions sociales et civiques nécessaires. Et le gouvernement et la MINUSTAH ont besoin certainement d’aide. Dans un rapport publié en janvier, monsieur Hedi Annabi, le représentant de la UN en Haïti, indiquait que le pays est suspendu entre l’espoir et la démoralisation. Malheureusement,
il y plus de raison pour la démoralisation et pas assez de raison d’espoir. Il y a beaucoup, cependant, qui peut être fait.

Pour ceux qui déclarent leurs intérêts d’aider les intérêts d’Haïti sur l’ile, j’ai un défi. Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider les haïtiens, ils devraient aller planter un arbre. En fait, ils devraient aller planter des centaines d’arbres. Rien n’est plus urgent pour ce pays que le reboisement. Sans le reboisement, Haïti continuera d’être un désastre écologique qui tournera en enfer écologique après n’importe quelle petite averse.
1.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent vraiment aider les haïtiens, ils devraient demander au gouvernement haïtien de créer l’environnement légal et économique qui rend possible la création d’emplois en Haïti par des investisseurs étrangers. Ces conditions n’existent pas.
2.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider Haïti, ils devraient pousser pour un changement dans la culture domestique haïtienne qui utilise le charbon de bois et non le gaz propane. L’utilisation continue du charbon de bois pousse les haïtiens à couper les rares arbres restant dans leur pays et de traverser la frontière  pour en faire de même
3.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider Haïti, ils devraient demander au gouvernement haïtien d’amener à termes les centaines de projets financés par les organismes internationaux. Ces projets attendent depuis trop longtemps le bon vouloir du gouvernement haïtien.
4.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider Haïti, ils devraient encourager le gouvernement haïtien à entreprendre une poussée agressive de lobbying qui résulteraient dans l’annulation de la dette internationale du pays qui s’élève à seulement $ 1.3 milliards de dollars ; une dette qu’Haïti ne peut pas payer.
5.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider Haïti, ils devraient aider à renforcer le système judiciaire haïtien et arrêter de critiquer le système judiciaire dominicain qui est un système judiciaire fonctionnel. Haïti a besoin d’un système judiciaire fonctionnel  pour protéger les droits de la propriété et de ce fait encourager le développement économique.
6.    Si les critiques de la République Dominicaine veulent aider Haïti, ils devraient travailler avec le gouvernement pour exploiter les avantages offert par la Loi Hope II qui donne au pays des avantages substantiels  dans l’exportation vers les Etats-Unis.
7.    Si les groupes de défenses des droits humains veulent améliorer les conditions des droits humains en Haïti, ils devraient aller en Haïti et non venir en République Dominicaine.  Tout haïtien en République Dominicaine y est de sa propre volonté. Beaucoup d’haïtiens restent dans leur pays seulement parce qu’ils n’ont pas d’alternative. Ils traversent la frontière parce qu’ils veulent une vie meilleure pour eux et leurs enfants.

Haïti a besoin d’actions ; d’actions immédiates. Le pays a besoin d’abandonner le cercle vicieux d’aide humanitaire et de commencer son développement économique. Nous pouvons comprendre que la communauté internationale ne veut pas investir ses fonds limitées dans un pays qui n’a pas les structures administratives et gouvernementales requises pour recevoir cette aide. Ces pays amis d’Haïti comprenaient que ce n’est pas seulement une question d’aide financière mais de la meilleure utilisation de cette aide pour résoudre des problèmes cruciaux. Le véhicule dans lequel ces aides seraient versées actuellement est défectueux malgré les centaines d’ONG qui fonctionnent dans le pays. La situation en Haïti ne peut continuer et est inacceptable. C’est une recette pour des désordres et des catastrophes humaines. Quand une crise écologique coiffe un espace géographique sans aucun organisme fonctionnel, la situation devient explosive.

Haïti a fait le bon choix de se concentrer sur le développement de ses infrastructures. Des efforts sont nécessaires afin que les produits puissent être transportés des champs et des manufactures vers les supermarchés et les maisons. En plus, la construction de tels projets, selon Paul Collier, donne un important booster à la résorption du chômage. Mais après leur construction, ces autoroutes doivent être entretenues et ne devront pas être négligées comme a l’accoutumé. Haïti a le potentiel de faire meilleur usage de ses potentiels humains et de ses ressources naturelles. La croissance du secteur de la sous traitance à Ouanaminthe l’a démontrée. Collier conseille qu’un meilleur climat sécuritaire dans cette région produirait la possibilité de deux shifts au lieu d’un, garantissant plus d’emplois utilisant les équipements et usines existantes.

Ce que comprennent les gens de bonne volonté qui sont familiers avec les problèmes d’Haïti est la nécessité d’une approche globale et inclusive. Un climat sécuritaire fiable est nécessaire, mais ce n’est point le seul problème à résoudre. A climat sécuritaire adéquat est le stricte nécessaire pour une meilleure situation économique qui elle-même engendrera une meilleure situation sécuritaire. « Aucun d’entre nous ne peut délivrer sans l’aide des autres » a compris le représentant spécial des Nations Unies en Haïti, Hedi Annabi, l’année dernière. « Si nous serons une réussite, ce sera l’œuvre de tout un chacun et nous devrions accepter nos responsabilités respectives dans un partenariat cohésif ».

Je suis très sensible à la fierté nationale des citoyens et du gouvernement haïtien. Ils ont une longue histoire de plus de deux cent ans de fière indépendance. Aucun pays et aucun citoyen n’aime se faire commander. Mais il y a un point ou la fierté nationale obstrue le progrès quand des approches multilatérales sont nécessaires. Quand la République Dominicaine fut victime de catastrophes naturelles, nous avons accepté avec reconnaissance l’aide étrangère venant de pays amis. Quand notre voisin était victime d’inondations l’année dernière, les dominicains étaient les premiers à répondre. Quand l’année dernière, Haïti a été victime de désordres causés par la montée des prix des denrées de premières nécessitées, le président de la République Dominicaine est allé à Rome pour adresser la FAO et demander une assistance urgente pour Haïti. Des députés haïtiens prirent ombrage et avancèrent qu’ils n’avaient pas besoin d’aide de la République Dominicaine. Et je réponds à ces officiels haïtiens : Montrez nous. Montrez au monde. Montrez à votre peuple. Personne ne serait plus heureux de la réussite d’Haïti que son voisin.

Je suis sensible aux reproches et critiques des étrangers sur la République Dominicaine qui sont mal dirigé et un peu hypocrite. Les problèmes d’Haïti ont besoin d’être résolu dans les rues de Port-au-Prince et non dans ceux de Peurto Plata. Si les conditions étaient meilleures dans le Nord d’Haïti, les haïtiens ne seraient pas si nombreux à s’établir dans la région nord de la République Dominicaine. Les dominicains ne veulent pas résoudre les problèmes d’Haïti. Mais, les dominicains voudraient que les haïtiens prennent en main leurs propres problèmes avec l’aide et le leadership de la communauté internationale.

Sincèrement, le gouvernement haïtien n’a pas démontré suffisamment de volonté et les ressources pour agir afin d’éradiquer les problèmes pressants que confrontent les haïtiens, que ce soit au point de vue économique, social, politique ou diplomatique. Le résultat est un laisser faire accablant pour la population. Du point de vue du gouvernement dominicain, l’exemple le plus frappant du laxisme du gouvernement haïtien est son refus de nommer les représentants de la commission bilatérale. Sans les représentants haïtiens, la commission ne peut adresser les multiples problèmes que les deux pays confrontent. Il ne peut y avoir de progrès parce qu’Haïti refuse de nommer des gens avec qui coordonner et coopérer. Encore une fois, personne ne serait plus heureux que le voisin limitrophe d’Haïti si elle voulait bien prendre cette commission au sérieux.
Il n’y a aucun substitut pour un effort agressif, fort, déterminé, informée, continu par le gouvernement haïtien pour le bien être des haïtiens. Et des officiels haïtiens ont courageusement admis que c’est exactement ce dont Haïti a besoin. La communauté internationale peut aider. Mais Haïti doit s’aider en premier. Les élections législatives en avril montreront très probablement la frustration des haïtiens avec le statu quo. Le résultat politique sera très probablement la paralysie traditionnelle et la déstabilisation du pays qui ne pourra probablement pas supporter des troubles additionnels. Le moment de l’action a sonné. L’endroit pour agir est Haïti.

La République Dominicaine est prête à aider.

Carlos Morales Troncoso



Laisser un commentaire

uneaura4etoiles |
Fanatique d'esprit |
Scravic |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | New EVENING Newcastle CHRON...
| Archives Montségur 09
| Paroles de Soie